(29/11-2006) — Ce sont les gènes et les expériences plutôt que l’enfance qui déterminent l’habilité à une personne de rebondir sur des situations négatives.

Une étude de longue haleine du développement de l’enfant indique que certaines personnes restent psychologiquement stables même s’ils ont été victimes de plusieurs années de maltraitances et de privation.
Les chercheurs analysent les caractéristiques et les circonstances qui pourraient expliquer ce résultat dans un article qui paraîtra dans la lettre de décembre 2006 du Harvard Mental Health Center. Certaines personnes supportent bien le stress et ont un caractère qui leur permet rapidement de rebondir et de gérer les situations, d’autres non.
La capacité de s’adapter aux bouleversements est un processus complexe qui comprend une foule d’éléments. On s’est jusqu’ici concentré en bonne partie sur l’environnement familial et social, mais les grandes avancées faites par la génétique, la psychopharmacologie et l’imagerie cérébrale permettent de mieux étudier le côté biologique de la résilience.
Des résultats prometteurs se profilent et ceux-ci pointent sur les interactions des expériences vécues et de la neurobiologie génétiquement déterminée.
On a remarqué un taux très bas de monoamines oxydase A (MAO-A) chez les souris et les humains agressifs. MAO-A est un groupe d'enzymes intervenant dans le catabolisme de certaines hormones, de la sérotonine notamment oxydation des monoamines). Jusqu’ici on savait que les MAO ont pour fonction de protéger le système nerveux central et périphérique de toutes les amines qu'on pourrait ingérer (que l'on trouve par exemple dans le poisson fumé, le fromage et la bière).
Ce qui est intéressant est le gène qui produit cet enzyme.
Ce gène peut avoir une forme allongée ou courte. le gène court est moins efficace que le gène long.
Lors d’une longue étude faite en Nouvelle Zélande, les garçons maltraités ayant des gènes courts avaient plus de probabilités de commettre des crimes violents et d’obtenir un résultat élevé aux tests de violence que les enfants ayant des gènes longs.
Le côté chimique et biologique de la personnalité a son mot à dire, mais ce n’est pas tout. En utilisant l’imagerie cérébrale et autres techniques, les chercheurs essayent de cartographier les fonctions cognitives et neuropsychologiques reliées à la résilience de certaines personnes.
D’après le Harvard Mental Health Letter, on n’explique plus la résilience aux traumatismes comme quelque chose d’exceptionnel ou demandant des explications spéciales, mais comme une adaptation aux situations. Certaines personnes ont, en règle générale, de meilleures facultés d’adaptation au stress que d’autres et la plaque tournante n’est donc pas l’enfance, mais le matériel génétique et les expériences vécues (et auxquelles on s’est adapté, bien entendu). (Cyril Malka)



